Transformations


Si la plupart des forts Séré de Rivières ont été modifiés, c'est surtout pour des motifs militaires. Outre ceux qui ont été détruits, éventrés, abandonnés, beaucoup ont été transformés en raison des progrès de l'artillerie, notamment ceux de l'Est qui ont été bétonnés.



Le fort de Mons-en-Barœul, a eu la chance de rester quasiment dans son jus de 1880, ce qui est assez rare. Il doit sa survie à plusieurs événements.

- Il est déclassé le 1er août 1914, deux jours avant la déclaration de la guerre ! Cela signifie qu'il va être débarrassé de toute son artillerie, et que ce fort ne servira pas à la défense de la place de Lille. De ce fait il ne subira aucun bombardement et sera rapidement occupé par l'armée allemande qui ira même jusqu'à l'embellir.

- Lors de la deuxième guerre mondiale, l'armée allemande qui connaît les lieux l'occupera à nouveau. La seule grande modification étant le coulage de dalles de béton dans la cour centrale et la pose de pompes pour les puits.

- Entre ces deux conflits et par la suite c'est l'armée française qui l'entretiendra en y maintenant un régiment de transmission, jusqu'à son départ.

- Racheté par la municipalité, ce fort sera transformé en centre socio-culturel par l'architecte Gérard David.

- Devenu Maison Folie, après la création du Jardin de Thalie grâce aux assurances La Mondiale, la cour des casernes sera refaite selon nos indications, avec la remise en place d'un pavage et de trottoirs comme à l'origine.

Reste une grande partie qui est à tout vent, et à l'avenir incertain. Pourtant les idées ne manquent pas entre la création d'un espace naturel de cheminement tactile, d'un lieu de découverte naturelle, d'un espace sportif type accrobranche ...

Les équipements actuels sont multiples avec :

 - Une école de musique (ancienne cuisine des hommes de troupe), des espaces de répétition (chambrées des gradés, ancienne boulangerie, infirmerie) et une salle bruit, dans le magasin à poudre nord

- Une bibliothèque et une ludothèque, dans des anciennes chambrées



- Une salle d'exposition, également dans une ancienne chambrée au rez-de-chaussée

- Une salle de danse, également dans une ancienne chambrée à l'étage



- Une salle de projection, dans le magasin à poudre sud



- Des locaux associatifs, dans les anciens ateliers aux projectiles vides et la forge

- Un restaurant, dit le restaurant du Fort dans l'ancien mess et cuisine des officiers



- Un café théâtre dénommé le Trait d'Union (accès à la chambre de manœuvre du pont levis)

- Une salle des fêtes et une terrasse dans l'acier magasin de stockage à l'extérieur du fort


La rénovation de Gérard David

Gérard David est né à Lille, le 9 janvier 1930. Admis à l’Ecole Régionale d’Architecture de Lille en 1948, il poursuit sa formation en architecture à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier Leconte. Architecte Diplômé par le Gouvernement (D.P.L.G) en 1957- 1958, Gérard David commence par travailler dans l’agence de J.-P. Secq à Lille, puis dans celles de Couanne à Douai et Crouart à Roubaix. 



Après l’ouverture de sa propre agence en 1975, il répond à plusieurs commandes publiques, telles la réhabilitation de l’ancien fort militaire de Mons-en-Barœul, la réalisation de la sous-préfecture de Douai, la Salle Polyvalente de Saint-André, l’école maternelle des Dondaines à Lille, des locaux pour la Compagnie d’intervention du Ministère de l’Intérieur à Lille, l’église d’Auby, la station de métro Fort de Mons, la salle des fêtes Dequesnes à Villeneuve d’Ascq. Parallèlement aux bâtiments publics, Gérard David réalise et réhabilite plusieurs habitations privées.


Les travaux en 2006

Fin 2006, à l'occasion des travaux de rénovation de la cour centrale, dite cour des casernes, nous avons eu l'opportunité de faire quelques recherches et découvertes.

C'est ainsi qu'on pu être mis à jour les ouvertures des deux puits. Ceux-ci sont désormais marqué d'une croix sur les pavés qui les recouvrent.

Des carreaux en céramique de Jurbise qui recouvraient les anciens trottoirs d'origine ont été sauvegardés. Et l'étonnement fut de ne retrouver qu'un seul pavé de l'ancien revêtement. Sans doute ce pavage a été récupéré par l'armée allemande lors de son occupation du Fort en 1940, époque à laquelle furent mises en place des dalles de béton.

Une autre pièce intéressante est l'extraction d'une des deux très grosses pierres qui maintenaient les battants de la porte d'entrée.

Ci-dessous la cour centrale, avant la rénovation de 2006 et après les travaux.


Découvertes effectuées à l'occasion des fouilles lors de la réfection de la cour des casernes.


L’existence d’un trottoir peut être affirmée avec certitude


Plusieurs recoupements permettaient de le soupçonner, ainsi que l’avait signifié Jean-François Pernot, maître de conférences au Collège de France, spécialiste renommé des fortifications, qui était venu le 3 juillet 1998, visiter le Fort de Mons, à l’occasion d’une conférence à Lille. Des photographies montraient d’ailleurs ce trottoir avant la réfection de 1983. La confirmation a été obtenue que le pourtour était bien réalisé en carreaux de céramique de Jurbise 142/142, avec une bordure en grès, comme le suggérait Julien Dépret, spécialiste de la fortification qui était venu à plusieurs reprises. De nombreux carreaux ont pu être récupérés, évitant leur disparition dans les bennes de déblais. Plusieurs sont intacts avec l'inscription bien visible de la fabrique belge.

Il s’agissait en fait de trottoirs surélevés avec des interruptions au niveau des trois passages. Lors des travaux dans la cour d'accès des éléments de trottoirs encore en place ont pu être photographiés avant leur démolition.

Ci-dessous quelques carreaux de Jurbise qui ont pu être récupérés et qui constituaient le revêtement des trottoirs. L'inscription de cette ville de Belgique est bien visible en relief au dos ce ces carreaux.




Ci-dessous plusieurs exemples de trottoirs et de pavage dans les forts Séré de Rivières.

De haut en bas et de gauche à droite :

1) La cour des casernes du fort de Seclin, presque un clone du Fort de Mons-en-Barœul, où l'on voit bien le pavage de la cour centrale et des trottoirs.

2) La batterie de la Crèche à Boulogne qui a été construite en 1879. Le dallage de la cour a été remplacé avant la 2ème guerre mondiale. Il y avait auparavant des pavés. Les trottoirs du fort de Boulogne sont réalisés en carreaux de Jurbise avec une pose en diagonale. Il existe plusieurs endroits où l'on trouve ce découpage, comme nous le confirme Julien Depret. La céramique provient de différents endroits en fonction des sites de fabrication. Il y avait de nombreuses briqueteries sur Lille mais pas de céramique. Il faut en effet passer la frontière pour en trouver. Il s'agit généralement de carreaux 15x15 ou 30x30.

3) Le fort du Vert Galant dit ouvrage « Carnot » qui est un domaine militaire inaccessible. Sur ce cliché, pris à l’époque de l’occupation allemande, qui figure sur la couverture du livre de Julien Depret : « Le Nord frontière militaire - Tome 1 - L’organisation défensive de Dunkerque à Longwy 1874-1914 », on voit nettement le pavage de la cour avec le trottoir. Le trottoir est réalisé en carreaux de Jurbise, qui sont posés dans le sens de la longueur.

4) La cour du Fort de Mons-en-Barœul lors de son rachat par la municipalité, la cour centrale a été recouverte de dalles en béton au moment de l'occupation allemande, mais les trottoirs existent encore. Ils seront supprimés avec la restauration de effectuée par Gérard David.





Le pavage de la cour centrale

L'annotation dans le plan de 1880, note que cet espace central était pavé avec des pierres de 0,16 à 0,18. Notre surprise fut de ne retrouver qu'un seul pavé (photo ci-dessous). Il a été mis à jour à 80 cm de profondeur dans le couloir situé entre la cour des casernes et la cour sud. Il était au contact de la couche d'argile et sous les deux épaisseurs de béton, la plus en surface coulée lors de la rénovation et la plus profonde mise en place par les allemands lors de leur occupation du Fort en 1940. C'est d'ailleurs avec beaucoup de chance au moment ou une pelleteuse creusait une tranchée destinée à l'enfouissement du tuyau de gaz nécessaire pour la chaufferie qu'il a pu être remonté (photo ci-dessous). Nous ne possédons actuellement aucun document authentique pouvant affirmer que le pavage, s’il a été projeté, avait bien été posé. C'était donc important de trouver cet unique pavé. L'hypothèse reste que les pavés ont été enlevés lors de l'occupation allemande en 1940 avant la pose des dalles bétonnées. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit dans d'autres forts à la même époque.



La mise à jour des deux puits

Leurs emplacements est désormais repérable par une croix gravée sur le nouveau pavage. A signaler que ce nouveau pavage a été réalisé en pierre bleue de Belgique, clin d'œil aux anciens matériaux employés. 

Ces puits avaient été bouchés à une profondeur de 5 barreaux par une dalle en béton qui ne laisse passer que deux tuyaux (photos ci-dessous). Cette transformation a sans doute eu lieu en même temps que la pose des dalles par l'armée allemande lors de son occupation du fort à partir de 1940. Il s'agissait sans doute d'un système fonctionnant à l'air comprimé envoyé par le premier tuyau et faisant remonter l'eau par le second tuyau. Des morceaux de bois sur le pourtour, permettant l'arrivée de l'eau dans les puits par capillarité, étaient encore visibles. La margelle des puits réalisée en briques en pose dégradée a pu être photographiée avant sa destruction (photo du puits nord).


Ci-dessus la margelle du puits nord avant sa destruction et le puits avec sa dalle bétonnée au fond.
Ci-dessous le couvercle en fonte inclus dans la dalle bétonnée des allemands et sa face inférieure après dégagement.



Dans la cour d'accès, au niveau de la porte du corps de garde plusieurs éléments ont été sauvegardés, dont à nouveau des carreaux de Jurbise et surtout une très grosse pierre percée qui soutenanait un des battant de cette porte. Le mécanisme de butée centrale a pu être photographié avant d'être enfoui dans le nouveau revêtement. De même que les rails du fonctionnement du pont basculant (photos ci-dessous).




Ci-dessous, la pierre qui maintenait dans le sol l'axe du battant droit de la porte intermédiaire, au moment de son dégagement.




Ci-dessous, la pièce métallique incluse dans le sol, qui bloquait les deux battants de la porte intermédiaire, a été laissée en place et recouverte par le nouveau revêtement.



La porte intermédiaire telle qu'on peut la voir actuellement. C'est à cet emplacement que furent trouvées les fixations.
D'une part sur la droite de la photo l'énorme pierre qui tenait le battant.
Cette pierre, très lourde, a été récupérée (en évitant son départ pour une décharge !) et amenée devant le local de l'association historique.
Au centre, la fixation de la fermeture des battants, est restée incluse dans le sol. Elle est maintenant recouverte par le nouveau pavage.
Sur la gauche de la photo, derrière la porte d'entrée, se trouve maintenant un café le "Trait d'union" à la place de l'ancienne salle de garde.


Ci-dessous les pierres bleues de Belgique utilisées pour le nouveau pavage de la cour centrale et des cours latérales lors de la réfection, en octobre 2006, avec la réalisation de trottoirs comme à l'origine.



Les travaux en 2016


Pour redonner une certaine insularité au fort de Mons, le pont qui surplombant le fossé nord a été supprimé. 



Les monticules de terre et des gravats qui encombraient la base des zones de tir de la double caponnière ont été enlevés de deux côtés. 






Pour la sécurité de nombreux panneaux ont été posés indiquant le risque de chute. Plusieurs bornes avaient réinstallées autour du fort, comme on peut le découvrir en cliquant ici.